A la découverte du centre Guédiawaye Hip Hop: Allier culture urbaine et citoyenneté

Né d’une prise de conscience en 2010, le centre Guédiawaye Hip Hop est aujourd’hui non seulement un lieu de formation des jeunes de la banlieue dans le métier des cultures urbaines mais également un lieu de réinsertion sociale.

 « On cible un espace infesté d’ordures et on en fait un havre d’épanouissement public », telle est la philosophie ou même le substrat citoyen à la base du centre Guédiawaye Hip Hop appelé aussi foyer des jeunes de Guédiawaye du fait de son voisinage avec ce dernier.

A l’entrée, on réalise que cette maxime n’est pas seulement un slogan attirant grâce à la propreté et l’ambiance pittoresque des lieux avec des murs décorés de graffiti et de dessins de toute sorte porteurs de messages.

Centre Guédiawaye hip hop. Crédit photo: Amadou Ndour

 « On cible un espace infesté d’ordures et on en fait un havre d’épanouissement public »

Logé au cœur de Guédiawaye, précisément dans la commune de Wakhinane Nimzatt, ce «havre de paix» est la preuve visible de l’engagement d’hommes et de femmes : «qui vivent pour servir leur communauté», conclut brièvement Malal Talla alias Fou Malade, artiste rappeur et directeur du centre Guédiawaye Hip Hop.

Centre Guédiawaye hip hop. Crédit photo: Amadou Ndour

Petit de taille, le pas pressé, prototype de l’homme occupé. Celui qui est également l’un des pionniers du centre, a un ton réfléchi imprimé de sérénité et de fierté quand il évoque les débuts tumultueux et parsemés d’embuches de ce cheminement «citoyen».

Conscients au départ que leur projet risque de tomber à l’eau, Fou Malade et Cie décident de rencontrer le maire afin de lui demander, en sa qualité d’autorité publique, de faire quelque chose. Un flash back furtif dans le passé permet à Malal Talla de se souvenir de la réponse de ce dernier: «Il nous rétorqua que la réfection de ce lieu ne rentre pas dans le budget municipal.»

Centre Guédiawaye hip hop, Malal Talla  directeur du centre. Crédit photo: Amadou Ndour

Pape Fall, directeur de cabinet du maire de la commune de Wakhinane Nimzatt affirme certes les propos de Mallal Talla, mais comme pour justifier l’absence des autorités municipales. Le président de la commission développement et aménagement du territoire communal ajoute que c’est la municipalité qui paye les fonctionnaires du centre : « Certes on le fait, mais ce n’est pas du ressort de la commune du fait du caractère privé de l’institution»

Face à « l’inaction » de l’édile de la ville, M. Talla et ses amis descendent sur le terrain et organisent un Set Setal (journée d’embellissement, d’assainissement et de reboisement). Il se souvient que pour réussir leur pari ils avaient exigé à chacun d’y mettre du sien avec ce qu’il a en sa possession : « je me souviens j’avais apporté de chez moi un sapin.»

En dépit de la petite pierre apportée par chacun pour l’érection de l’édifice, les initiateurs ont besoin d’un coup de main pour concrétiser leur projet : « après avoir embelli ce lieu, on est allé demander de l’aide à une entreprise de la place et nos interlocuteurs ont su répondre favorablement à notre requête», se rappelle toujours l’activiste et membre du mouvement Y en A Marre.

« je me souviens j’avais apporté de chez moi un sapin.»

Ce coup de main «altruiste» leur a permis de finaliser la mise sur pied de ce bâtiment comportant en son sein, une librairie, une discothèque et une pépinière. «Nous fournissons la commune en arbres lorsqu’il y’a campagne de reboisement», conclut-il.

Le centre qui a pour but « de donner aux jeunes les outils nécessaires pour l’expression de leurs talents respectifs », si l’on se fie à son directeur, est inauguré le 6 avril 2013 en présence d’autorités étatiques et municipales.

Ce jour, Fou Malade, auteur d’une chanson intitulé « Guent » (Ndlr : rêver) a vécu «son rêve en plein jour».

« donner aux jeunes les outils nécessaires pour l’expression de leurs talents respectifs »

Centre Guédiawaye hip hop. Crédit photo: Amadou Ndour
Centre Guédiawaye hip hop. Crédit photo: Amadou Ndour

Réinsertion sociale

Le centre est également un espace de réinsertion d’ex-détenus à en croire l’auteur de la chanson « niarry kasso » (double peine): « nous avons un projet qui s’appelle Jotayu Gox Yi (Ndlr : assemblée des quartiers) pour réinsérer les anciens prisonniers dans les quartiers pour que ceux-ci retrouvent avant tout confiance en eux-mêmes.»

Depuis qu’ils ont commencé à mettre leur talent au service de la société et grâce aux connaissances artistiques, environnementales… qu’ils ont acquis, «nous nous sommes réconciliés avec la société et on est fiers d’être utiles à celle-ci », témoigne un ex détenu qui squatte les lieux, sous le sceau de l’anonymat.

Membre du centre depuis 2014, Bernard Diatta est chargé entre autres de tout ce qui est audiovisuel.  Après plusieurs échecs scolaires, il décide de côtoyer le centre: « étant habitant du quartier, je me suis dit pourquoi pas intégrer le centre car c’est un bien de la communauté et je fais partie de celle-ci.»

Grace à ce travail régulier, il se sent utile : « depuis que je fréquente ce lieu, je m’épanouis », conclut-il avec fierté.

«nous nous sommes réconciliés avec la société et on est fiers d’être utiles à celle-ci »

Jugements mitigés des habitués et riverains  

Directrice de la garderie d’enfants logée à la même enseigne que le centre, Mme Ngom approuve le civisme et l’esprit de collaboration des administrateurs « grâce à eux (les membres) la garderie est toujours propre et ils font le travail à cœur joie». D’ailleurs pour cette dernière, rien que pour cette aide « désintéressée » la commune devrait appuyer leur travail.

Seynabou Diouf, élève en classe de seconde au Lycée de Pikine Est trouvée en train de feuilleter et de profiter du calme propice à un apprenant qui règne sur les lieux sans doute entre deux cours ne voit que du positif : « On vient pour joindre l’utile à l’agréable.» Pour elle le seul bémol c’est qu’elle n’a jamais bénéficié des formations du centre car n’étant pas une riveraine. Contrairement à Seynabou, Ngoné Sarr restauratrice et riveraine fustige la pollution sonore et le tapage nocturne : « la nuit on dort à peine à cause de la musique venant du centre.»

La cinquantaine passée, Celle que les enfants appellent Gaye a des réserves. Bien que trouvant nécessaire le centre pour les jeunes dont son fils jeune rappeur, ne rate pas l’occasion de prodiguer des conseils à Malal et Cie: « il faut élargir les angles et cela découle d’une bonne gestion.»

« la nuit on dort à peine à cause de la musique venant du centre.»

Liens avec le mouvement Y’en A Marre

Bien que précédant le mouvement Y’en A Marre né en 2011 dans la création artistique et citoyenne, le centre est perçu par les populations comme un laboratoire. Les citoyens ont souvent du mal à déceler cette ligne de démarcation entre Guédiawaye Hip Hop et le mouvement qui se veut apolitique.

Le patron des lieux étant le directeur artistique du mouvement, les populations font souvent un amalgame entre  les deux structures. Mais il tient à préciser que : « le centre n’est pas un démembrement de Y’en A Marre.»

Cet éclaircissement fait, M.Talla reconnait quand même le mérite de Fadel Barro et Cie dans la formation et l’inspiration citoyenne : « Y’en A Marre nous a enseigné la structuration et l’argumentation et nous a fournis les armes intellectuelles efficaces pour interpeller les autorités.»

Résultats palpables car beaucoup d’activités artistiques et citoyennes sont organisées dans le centre en vue de former, de sensibiliser et de forger des relais citoyens et de futurs talents selon la chargée de communication du centre Elisabeth Kasabelle Mendy.

« Y’en A Marre nous a enseigné la structuration et l’argumentation et nous a fournis les armes intellectuelles efficaces pour interpeller les autorités.»

PLUS LOIN AVECElisabeth Kasabelle Mendy dite «Mamy»

 

Ejicom Infos: Quand avez-vous intégrez l’administration du centre?

Elizabeth: Native de Guédiawaye et étudiante au département d’anglais de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad), je suis membre de l’association depuis quatre ans. Au début je n’étais qu’un membre à part entière jusqu’à ce que je sois nommée chargée de communication après une formation à Africulturban. J’ai en outre bénéficié d’une formation de six mois (novembre 2015-mai 2016) de service civique en France (Bordeaux) dans le cadre du projet Wecce (Ndlr : échange) avec l’association France volontaire.

Ejicom Infos: En tant responsable de la communication, quels sont les projets à court, moyen ou long terme du centre ?

Elizabeth: A court terme, on a des ateliers en écriture, en photographie, en graffiti et aussi en radio du lundi au vendredi pour les élèves car on est encerclés par beaucoup d’écoles.

Les samedis on organise des séances de lectures et de travaux dirigés dans un lycée de la place avec notre club de littérature.

Par ailleurs, on mène des campagnes de sensibilisation et de formation sur le leadership et la citoyenneté.

« Pire Les hommes sont souvent dubitatifs avant de te confier certaines tâches, mais les comportements évoluent et les gens sont maintenant conscients du rôle que peut jouer la femme dans la société en général et en particulier dans l’avancement des cultures urbaines. »

Ejicom Infos: Projet sur la liberté d’expression ?

Elizabeth: Certes on n’a pas encore réfléchi sur un projet d’atelier ni de campagne de conscientisation par rapport à la liberté d’expression mais avec nos formations sur le leadership et la citoyenneté on peut y joindre la liberté d’expression et il me semble que ce sera plus important.

Ejicom Infos: comment une femme se débrouille dans un milieu composé majoritairement d’hommes ?

Elizabeth: J’avoue qu’au début ce n’était pas facile du tout à cause des préjugés que nous connaissons. Pire Les hommes sont souvent dubitatifs avant de te confier certaines tâches, mais les comportements évoluent et les gens sont maintenant conscients du rôle que peut jouer la femme dans la société en général et en particulier dans l’avancement des cultures urbaines.

Texte : Abdou Aziz Cisse, Photos : Amadou Ndour (L3)

 

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